Quand j'étais chanteur
Oui Xavier Giannoli est un de mes réalisateurs préférés (juste après Bruno Dumont mais quand même) et oui aussi j'avais raté "Quand J'étais Chanteur" à sa sortie en salles. C'est totalement paradoxal mais à ceci deux raisons : déjà parce que ça arrive et qu'on peut pas tout voir (Clochette a bien trouvé le moyen de rater "Rocky Balboa" ^ ^), mais aussi, et surtout, parce que j'aime tellement les deux premiers films du garçon : "Les Corps Impatients" et "Une Aventure", que j'ai sans cesse repoussé le moment d'aller le voir, parce que j'avais peur, je sais pas, que la magie s'arrête, parce que dans la vie c'est tout le temps comme ça, quand c'est bien ça ne dure pas. Voir tout le monde aller voir le dernier Giannoli alors qu'il s'était fait assassiner (public et critique) sur le magnifique et hypnotique "Une Aventure", ça m'avait paru bizarre...
Et au final, on a envie presque d'en pleurer tellement c'est miraculeux, la magie continue. Depardieu en chanteur de bal est prodigieux du début à la fin. Cécile de France gagne en densité tout au long du film pour finir par nous bouleverser (quand elle pleure tout doucement dans le café, la tête appuyée sur la vitre, t'as juste envie de la serrer dans tes bras.)
Et là où je m'étais planté (mais bordel qu'est-ce que c'est bon de se planter comme ça !), c'est que tout ce qui fait le talent énorme de Xavier Giannoli est là : le fait de ne pas avoir peur de filmer la lenteur ou les silences, le scénario à la fois très écrit et peu bavard, le talent de ne pas tout dire, de ne pas tout chercher à expliquer (la scène dans le café, sans presque un seul mot, est à montrer et remontrer dans les écoles de ciné) et surtout cette faculté incroyable à filmer des personnages fragiles, sur un fil. C'est là depuis le tout premier film. Voilà, c'est ça, Giannoli c' est le cinéaste de la fragilité.